Pour ou contre l’indice de refroidissement éolien ?

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Refroidissement éolien

En ces temps de froid polaire, on entend très souvent parler de la température ressentie et de l’indice de refroidissement éolien. Mais de quoi s’agit-il au juste? Est-ce vraiment une donnée scientifique ou juste une façon pour nos journalismes d’ajouter un peu de sensationnalisme à leurs bulletins météo ?

Suite à la plainte d’un auditeur de Radio-Canada, « l’ombudsman » de la station, que l’on appellera en bon français, le médiateur, a présenté la semaine dernière un rapport condamnant l’utilisation de cette notion de « facteur vent« , qu’il assimile à de la désinformation publique. Le Journal de Montréal en a profité pour revenir en détail sur ces notions d’indice de refroidissement éolien, de facteur vent, et de température ressentie, infographies à l’appui.

Le facteur vent ne change en rien la température réelle extérieure, et aucun thermomètre au monde n’affichera jamais la température ressentie! Elle traduit uniquement l’effet du vent sur l’épiderme, qui chasse la fine couche d’air protectrice située juste au dessus de la peau et la rend plus sensible au froid. Cette couche sert d’isolant au corps, et moins elle est présente, plus le corps se refroidit rapidement.

Donc oui, le vent a bien un effet réel sur le corps en favorisant la disparition de cette couche protectrice, mais l’indice en lui même est complètement déconnecté de la température réelle. Une température ressentie de 0° ne va pas faire geler l’eau! Il faudrait ne plus utiliser le terme de température, mais plutôt de force ou d’intensité. L’effet du vent est uniquement mécanique, et plus le vent est fort, plus la couche est chassée facilement et moins le corps a le temps d’en produire une nouvelle. A la limite, la seule donnée utile serait d’indiquer la force du vent, et d’abandonner la notion de température ressentie une bonne fois pour toutes. D’ailleurs le journal de Montréal publie un tableau édifiant qui montre que la température ressentie est directement liée à la force du vent. Par exemple, s’il fait réellement -20°, un vent soufflant à 30 km/h va produire une température ressentie de -33. C’est peu être plus parlant, mais c’est purement arbitraire. Il ne fait pas -33° quand la température ressentie est de -33, il fait -20°!

Pour se protéger des effets du vent, il existe un moyen radical et très efficace : les vêtements. En couvrant le corps de vêtements, on empêche le vent de chasser la couche protectrice de l’épiderme, et le facteur vent n’a plus aucun effet. C’est tout simple, il suffisait d’y penser! L’avantage de cette méthode, c’est qu’en hiver, on a déjà tendance à bien se couvrir pour sortir, le corps est donc en général déjà protégé. Ironie mise-à-part, il faut tout de même être très prudent et se rappeler que le grand danger de l’effet du vent, tout comme celui des température très froides, c’est le risque d’engelures sur les parties non couvertes de l’épiderme. Un bout de nez gèlera plus rapidement à 20° avec du vent, qu’à -20° sans vent; pas parce qu’il fait plus froid, mais uniquement parce que la petite couche sur la peau s’est envolée sous l’action du vent.

Mais encore une fois, utiliser un indice spectaculaire comme l’indice de refroidissement éolien, précis à l’unité près, pour traduire l’effet du vent sur l’épiderme, c’est peut-être plus spectaculaire, plus explicite pour le public, mais c’est trompeur dans la mesure où ça donne l’impression qu’il fait une température donnée en zone abritée du vent, et une température beaucoup plus froide là où le vent souffle. Peut-être qu’un indice simple de 0 à 5 traduisant le risque de refroidissement corporel et d’engelures en fonction de la force du vent et de la température réelle serait plus approprié?

A lire également, l’article d’Environnement Canada sur le refroidissement éolien.

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